Traiter les fichiers FITS du Seestar S50 : ce que l'appli ne fait pas pour vous
L'empilement en direct du Seestar est bon. Ses brutes FITS sont meilleures.
Le ZWO Seestar S50 fait ce qu’il promet : pointez une cible depuis votre téléphone, attendez, obtenez une image. Pour beaucoup, c’est tout le hobby, et il n’y a rien de mal à s’arrêter là.
Le Seestar peut aussi enregistrer quelque chose de mieux que le JPEG qu’il vous montre. Si vous activez Enregistrer chaque image dans les réglages, il écrit chaque pose de 10 secondes sur le disque sous forme de fichier FITS. Ces fichiers contiennent mesurablement plus que l’empilement en direct, et l’écart est plus grand que ce que la plupart des gens imaginent.
Cet article explique ce qu’ils contiennent et quoi en faire.
Ce que l’empilement en direct abandonne
L’empilement embarqué du Seestar tourne en temps réel sur un petit processeur ARM qui pilote aussi la monture. Cela le limite de trois façons.
Il ne peut pas rejeter des images après coup. L’empilement en direct intègre au fil de l’eau. Si un nuage passe à la 40e minute d’une session de 90 minutes, ces images sont déjà dans la moyenne. Un logiciel de bureau peut d’abord regarder les 540 images, les noter, et jeter les mauvaises avant de combiner quoi que ce soit.
Son rejet est limité. Les traînées de satellites, les avions et les rayons cosmiques exigent un rejet statistique des valeurs aberrantes sur la pile entière, ce qui suppose d’avoir la pile entière. L’intégration en temps réel ne peut pas faire grand-chose.
Il étire une fois, et tôt. La vue en direct est déjà adaptée à l’affichage : l’histogramme a été comprimé pour rendre bien sur un téléphone, et une fois que c’est fait, le bas de la dynamique est écrasé pour de bon. Les brutes FITS sont linéaires, donc toute la dynamique, du fond de ciel au cœur de la nébuleuse, est encore intacte et séparable.
En pratique, un vrai empilement des brutes montre en général des nébulosités externes plus faibles, des couleurs d’étoiles plus propres et un plancher de bruit nettement plus bas que le JPEG en direct issu des mêmes données. C’est la même photographie, poussée plus loin.
Comment transférer les fichiers d’une Seestar S30 ou S50 vers un ordinateur
Deux types de fichiers méritent d’être copiés, et on veut en général le premier avant de savoir que le second existe.
Le fichier empilé est celui que la Seestar a fait pour vous : un seul Stacked_*.fit par cible, déjà intégré sur l’appareil. Copiez-le si vous venez de finir une session et que vous voulez travailler le résultat.
Les brutes sont les poses individuelles de 10 secondes, Light_*.fit, un fichier chacune. Elles n’existent que si Enregistrer chaque image était activé dans l’appli avant la prise de vue. C’est désactivé par défaut et cela ne s’applique pas après coup. Ce sont elles qui valent la peine, pour les raisons ci-dessus.
Les deux se trouvent au même endroit sur l’appareil :
MyWorks/
M42/
Stacked_60_M42_10.0s_IRCUT_20260304-213512.fit <- la pile de l'appareil lui-même
Light_M42_10.0s_IRCUT_20260304-213512.fit <- une par pose
Light_M42_10.0s_IRCUT_20260304-213522.fit
...
Le nom de fichier indique la cible, la pose, le filtre et l’horodatage.
Par câble USB (recommandé)
Reliez la Seestar à l’ordinateur avec un câble USB-C, activez l’option de stockage dans l’appli Seestar, puis ouvrez l’appareil comme un disque et copiez le dossier de la cible. Les mises à jour de firmware ont déplacé ce réglage d’une version à l’autre, cherchez donc du côté de la section stockage ou connexion plutôt qu’un nom de menu précis.
C’est la voie à prendre pour les brutes. Une session de 90 minutes à 10 secondes fait environ 540 fichiers et à peu près 10 Go, et un câble transfère cela en quelques minutes, ce que le Wi-Fi ne fera pas.
En Wi-Fi, par l’appli
L’appli Seestar peut envoyer des images de l’appareil vers votre téléphone, et de là vers un ordinateur par AirDrop, un dossier cloud ou un câble. C’est très bien pour un seul fichier empilé et pratique pour jeter un œil rapide à un résultat.
C’est le mauvais outil pour 540 brutes. Le stockage du téléphone, la vitesse de transfert et les limites d’export de l’appli s’en mêlent tous, et vous attendrez longtemps ce qu’un câble fait pendant que vous préparez le thé.
Une fois sur l’ordinateur
Aperçu, Photos et la visionneuse de photos de Windows n’ouvrent pas les fichiers .fit ou .fits, et c’est là que la plupart des gens s’arrêtent. Il faut un logiciel astronomique, et le fichier empilé et le dossier de brutes n’appellent pas le même traitement :
- Le fichier empilé est déjà intégré, il n’y a donc plus rien à empiler. Il demande un étirement et une finition. Dans Akastroid, ouvrez-le avec Sélectionner une image : il sera lu, étiré et calibré en couleur comme une image unique.
- Le dossier de brutes est celui qui vaut la peine. Pointez Akastroid sur le dossier entier : il note chaque image, rejette celles que les nuages et les satellites ont gâchées, aligne et intègre le reste, puis finit le résultat. C’est la partie que l’appareil ne pouvait pas faire.
Gardez le Stacked_*.fit de l’appareil dans tous les cas, pour comparer. Ne le mettez pas dans une pile de brutes. C’est déjà une moyenne de nombreuses images, et le moyenner avec des images individuelles lui donne un poids faux.
Ce qu’il y a dans les en-têtes, et ce qui manque
Les fichiers Seestar ont une particularité à connaître.
Les en-têtes portent l’essentiel utile : EXPTIME, GAIN, INSTRUME nommant le Seestar, le filtre, la date, et RA et DEC, parce que l’appareil a résolu astrométriquement le champ pour trouver la cible. Cette information de pointage a de la valeur, car c’est elle qui rend possibles plus tard la calibration photométrique des couleurs et l’annotation.
Ce qu’ils ne portent pas de façon fiable, c’est la focale et la taille des pixels. Or la résolution astrométrique a besoin d’une échelle de pixel, et une échelle de pixel a besoin de ces deux nombres.
Heureusement, un Seestar est un instrument fermé, avec une optique et un capteur que vous ne pouvez pas changer, donc le nom du modèle tient lieu de spécification :
| Seestar S50 | Seestar S30 | |
|---|---|---|
| Focale | 250 mm | 150 mm |
| Ouverture | 50 mm | 30 mm |
| Taille de pixel | 2,9 µm | 2,9 µm |
| Capteur | Sony IMX462 | Sony IMX662 |
| Échantillonnage | ≈ 2,39 ″/px | ≈ 3,99 ″/px |
Reconnaître Seestar S50 dans la carte INSTRUME fournit les deux nombres manquants, et l’échelle en découle. Akastroid le fait automatiquement. Il ne remplit que les champs laissés vides par l’en-tête et n’écrase jamais ce que le fichier a enregistré, parce que l’instrument connaît sa propre configuration mieux qu’une table de correspondance.
Ce chiffre de 2,39 ″/px vous dit aussi quelque chose sur vos données. À cette échelle, avec un seeing typique, le Seestar est légèrement sous-échantillonné et les étoiles tombent sur très peu de pixels. Cela joue sur ce que vous pourrez récupérer ensuite.
Le piège du dématriçage
Les fichiers FITS du Seestar sont des données Bayer brutes : une mosaïque de filtres colorés, pas une image couleur. La mosaïque est GRBG.
Il y a deux façons de se tromper. Dématricez avec le mauvais motif et les couleurs sortent inversées, généralement avec une forte dominante magenta ou verte qu’aucune balance des blancs ne corrige. Dématricez deux fois, une fois dans un outil intermédiaire et une fois dans votre logiciel d’empilement, et vous obtenez une bouillie molle en damier.
Le fichier empilé produit par le Seestar est déjà dématricé. Les brutes ne le sont pas. Un outil qui les traite de la même manière se trompera sur l’un des deux.
Empiler des poses courtes
Dix secondes, c’est court, et cela détermine la bonne approche.
Attendez-vous à beaucoup d’images. 500 à 1 000, c’est normal pour une session correcte. C’est utile, parce que cela rend sûr un rejet agressif des valeurs aberrantes.
Utilisez un rejet adapté aux données. Avec une pile profonde, vous pouvez vous permettre le sigma clipping, qui suppose que chaque image échantillonne la même distribution et rejette ce qui s’éloigne de la moyenne. Cette hypothèse casse quand la transparence a changé pendant la session, à cause d’un voile d’altitude, d’une cible qui descend vers l’horizon ou de buée qui se forme. Les images diffèrent alors réellement, la dispersion est réelle et non du bruit, et le sigma clipping se met à écarter les images aux extrémités de la plage, qui sont souvent les plus limpides que vous ayez.
Le linear-fit clipping gère ce cas. Il trie les valeurs de chaque pixel à travers la pile et y ajuste une droite, de sorte qu’une dérive régulière est attendue et ne coûte rien, tandis qu’une traînée de satellite reste une valeur isolée loin de la droite. Akastroid mesure la dispersion des niveaux de fond de ciel par image et choisit automatiquement entre les deux, en basculant au-delà d’environ 8 % de dérive.
N’attendez pas grand-chose du drizzle. Le drizzle récupère du détail sous-pixel à partir d’images ditherées. La monture azimutale du Seestar produit une rotation de champ, qui apporte une certaine variété sous-pixel, mais ce n’est pas un dithering délibéré. Vérifiez que votre jeu a vraiment cette dispersion sous-pixel avant de l’activer. Reconstruire sur une grille plus fine à partir d’images non ditherées ne donne qu’un fichier plus gros et plus mou.
La rotation de champ est la vraie contrainte
Le Seestar est une monture azimutale sans dérotateur de champ, donc le champ tourne au fil de la session. Des images prises à 40 minutes d’écart peuvent être tournées l’une par rapport à l’autre de dizaines de degrés.
Votre logiciel d’empilement doit gérer la rotation en plus de la translation. Un alignement en translation seule échoue sur des données Seestar, et l’échec ressemble à une mauvaise mise au point plutôt qu’à une erreur évidente : tout ressort légèrement flou et on a du mal à dire pourquoi.
La rotation signifie aussi que les coins de la pile finale sont couverts par moins d’images que le centre, et la zone de recouvrement rétrécit à mesure que la rotation s’accumule. Attendez-vous à recadrer, et à ce que le bord soit plus bruité que le milieu. C’est de la géométrie, pas un défaut de votre traitement.
La limite des 10 secondes
Le Seestar plafonne les poses à 10 secondes parce qu’il n’est pas autoguidé, et des poses plus longues fileraient.
Le prix, c’est le bruit de lecture. Chaque pose ajoute une pénalité fixe due à la lecture du capteur, donc une pile de 540 images de dix secondes en porte 540 parts, là où les mêmes 90 minutes en 18 poses de cinq minutes en porteraient 18. C’est pourquoi une configuration suivie et autoguidée prend l’avantage sur les cibles faibles, même à intégration totale identique.
En pratique, le Seestar s’en sort très bien sur les cibles brillantes et moyennes : Orion, la Lagune, le cœur d’Andromède, l’essentiel du catalogue Messier. C’est sur les nébulosités étendues très faibles que le plancher de bruit de lecture se voit, et aucun traitement ne crée un signal qui n’est jamais passé au-dessus.
Savoir cela est plus utile que n’importe quel conseil de traitement, parce que cela vous dit quelles cibles récompenseront deux heures de plus et lesquelles non.
Avant d’ouvrir le dossier
Trois choses dans un dossier Seestar ont gêné une vraie séance. Vérifiez-les d’abord.
- Utilisez Akastroid 1.3.13 ou plus récent. Les versions précédentes s’arrêtaient sur “No frames to stack.” quand un dossier contenait des poses prises avec le filtre antipollution (
LPdans le nom du fichier) et sans lui (IRCUT), et n’empilaient que les poses mosaïque quand les deux sortes étaient présentes. “Rechercher des mises à jour”, dans le menu Aide, installe la version actuelle. - Les poses mosaïque montrent une autre partie du ciel. Les fichiers nommés
Light_mosaic_...viennent du mode mosaïque du Seestar et ne recouvrent pas les poses ordinairesLight_...du même objet. Akastroid empile le groupe le plus grand et indique combien de poses il a laissées de côté. Pour traiter les poses mosaïque, mettez-les dans un dossier à part. - Une grosse séance prend du temps. Environ 1 000 poses ont pris 29 minutes sur un Mac Apple silicon avec le drizzle activé. Le drizzle apporte peu aux poses du Seestar : désactivez-le avant le traitement et il se termine bien plus vite.
Les étapes
- Activez Enregistrer chaque image avant la session, pas après.
- Copiez tout le dossier de la cible. Mettez de côté le
Stacked_*.fitde l’appareil pour comparer. - Laissez le logiciel lire les en-têtes FITS au lieu de régler le motif à la main. C’est
GRBG, et il ne faut pas dématricer deux fois. - Utilisez une méthode de rejet adaptée à la stabilité de votre transparence.
- Recadrez les bords amincis par la rotation.
- Comparez avec l’empilement de l’appareil. Si le vôtre n’est pas nettement meilleur dans les zones faibles, quelque chose dans votre chaîne annule l’avantage.
On a tendance à sauter cette dernière étape, mais c’est le seul moyen de savoir si l’effort supplémentaire en valait la peine.
Questions fréquentes
Où une Seestar S50, S50 Pro ou S30 enregistre-t-elle les fichiers FITS ?
Sur le télescope lui-même, pas sur le téléphone. Le téléphone garde les aperçus JPEG ; le télescope garde les FITS. Chaque cible a son dossier, et les images unitaires sont dans un dossier dont le nom se termine par _sub, par exemple M 45_sub. L’organisation est montrée dans la section sur le transfert des fichiers.
S’il manque un dossier _sub, Enregistrer chaque image était désactivé pendant cette séance. La Seestar ne peut pas enregistrer les images après coup ; la FAQ de ZWO indique de l’activer avant de commencer.
Comment récupérer les fichiers de la Seestar sur un site isolé ?
Avec le câble USB-C. Il ne demande aucun réseau, il fonctionne donc sur le terrain comme à la maison, et il est bien plus rapide pour une séance de plusieurs centaines d’images. La voie Wi-Fi (mode Station dans l’application Seestar, puis l’adresse IP du télescope dans le gestionnaire de fichiers de l’ordinateur) demande un réseau Wi-Fi rejoint par le télescope et l’ordinateur, c’est donc la voie pour la maison.
Comment afficher une image .fit de la Seestar sur un PC ou un Mac ?
Un fichier FITS contient les valeurs brutes du capteur, c’est pourquoi la plupart des visionneuses photo le refusent ou affichent une image noire : les données sont linéaires et pas encore étirées pour un écran. Ouvrez-le avec un logiciel qui lit le FITS. Dans Akastroid, utilisez Choisir des fichiers sur la carte Ciel profond pour un Stacked_*.fit, ou Choisir un dossier pour un dossier _sub d’images unitaires ; dans les deux cas vous voyez l’image finie, étirée et aux couleurs équilibrées.
Que veulent dire les noms de fichiers ?
Une image unitaire s’appelle par exemple Light_C 33_10.0s_LP_20260918-192007_208.fit : la cible, la pose, le filtre, la date et l’heure, et un numéro d’image. Le filtre est LP quand le filtre anti-pollution lumineuse intégré était sur le trajet optique, et IRCUT sinon. Un empilement fait par la Seestar s’appelle par exemple Stacked_190_IC 434_10.0s_LP_20260224-195939_2.fit ; le premier nombre est le nombre d’images qu’il contient.
Puis-je réunir plusieurs nuits sur la même cible ?
Oui, et c’est la plus grande amélioration possible pour une image de Seestar : deux nuits, c’est deux fois plus de signal. Copiez les fichiers Light_*.fit de toutes les nuits dans un seul dossier et ouvrez ce dossier. Les images prises avec et sans filtre anti-pollution peuvent partager le dossier ; Akastroid les trie.
Faut-il réempiler toutes les images ou combiner les fichiers empilés ?
Réempilez toutes les images. Un empilement d’empilements ne peut que moyenner deux images finies, si bien qu’une nuit voilée compte autant qu’une nuit claire. Repartir des images unitaires permet de juger chacune séparément, d’écarter les mauvaises et de rejeter les traînées de satellites sur l’ensemble. Combiner les Stacked_*.fit est la solution de secours pour les nuits où Enregistrer chaque image était désactivé.
Comment transformer les FITS de la Seestar en TIFF ou DNG pour Lightroom ou Photoshop ?
Empilez d’abord, puis exportez le résultat. Akastroid exporte un TIFF 16 bits, que Lightroom et Photoshop ouvrent directement et qui garde chaque nuance pour la suite du travail. Le DNG est le format des fichiers bruts d’un appareil photo, et un FITS empilé n’en est pas un ; le TIFF est donc le bon choix. N’exportez un JPEG que pour partager.
Quelle est la façon la plus simple de traiter les FITS de la Seestar quand on débute ?
Copiez le dossier _sub sur l’ordinateur, ouvrez Akastroid, choisissez Choisir un dossier sur la carte Ciel profond et sélectionnez ce dossier. Il lit les images, écarte les mauvaises, empile le reste, retire le gradient de pollution lumineuse, équilibre les couleurs et termine l’image sans aucun réglage. La version gratuite donne cinq traitements et deux exports, assez pour l’essayer sur votre propre séance. Télécharger Akastroid.
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